Réussir ses semis

Réussir ses semis dépendra de nombreux paramètres. Il ne faudra en négliger aucun pour que vos plants soient magnifiques, robustes, et prêts à être transplantés au potager. Pendant six à huit semaines, vous serez au premier rang pour regarder le spectacle de la vie. 
 
Faire ses semis est un geste fort, rempli d’émotions. Du jour où vous aurez semé vos petites graines, vous serez comme un parent qui veille sur son enfant, aux petits soins jour après jour, prêt à arroser, réchauffer, repiquer,  observer, ressentir, espérer, douter, admirer, sourire. En un mot, vous serez heureux ! Donner la vie, peut-être bien que c’est tout simplement vivre ! 🙂
 
Faire pousser ces petites graines n’est pas chose aussi simple. Je me souviens encore les premiers essais il y de nombreuses années, dans la chambre, sous deux néons, sur une planche posée sur deux tréteaux. Une véritable catastrophe ! Manque de lumière, des semis qui filent, et au final tout à la poubelle ! 🙁 Mais c’est en pratiquant que l’on se forme. Se tromper, c’est un pas de plus vers le bon chemin.
 

Il faut se lancer dans les semis. Il y a tellement de bonheur à faire pousser ses petites graines. Sans compter que vous aurez accès à des milliers de variétés que jamais vous ne trouverez sur les marchés. Pour les tomates par exemple, ce sont des milliers de variétés qui s’offrent à vous ! L’année dernière par exemple, j’ai pu semer des tomates « pêches blanches » ! Quelle beauté et quelle originalité ! Une peau duvetée, un aspect de pêche, une couleur blanche, la beauté de la nature qui nous offre toute sa biodiversité. Des centaines variétés s’offre à vous pour les courgettes, courges, concombres… Regardez sur la photo le concombre Alexandre récolté l’année dernière, un concombre à la peau d’une originalité extraordinaire ! Un monde de couleurs, saveurs, odeurs, un potager unique qui s’offre à vous.

Les semis seront vos petits bébés pendant quelques semaines. Tous ceux qui ont fait des semis savent de quoi je parle. Il va falloir être aux petits soins et difficile de s’absenter plus de 2 jours pendant cette période de semis. J’ai bien dit 2 jours et pas 2 semaines ! Arrosage, lumière, aération, repiquage, observation, il faudra être attentif au jour le jour.
 
Alors voyons ensemble les facteurs clés de succès pour espérer voir vos graines devenir de beaux plants, pour devenir un semeur de vie, un manifestant de la biodiversité !
 
La lumière.
 

Les premiers jours, la graine a tout en elle pour germer. La lumière ne sera pas l’élément clé. Certains couvrent même leurs semis pour plus de chaleur et peu de lumière. Personnellement je n’ai jamais couvert mes semis et tout a toujours très bien marché. Mais sitôt la germination effectuée, le petit plantule sorti de la graine, la lumière sera reine. Dans une serre, la lumière est partout ! C’est pour cela qu’au potager d’Olivier je réalise les semis dans une serre. Vous pouvez la voir sur la photo. C’est une serre de 13m², suffisante pour faire entre 100 et 200 plants, et fournir un potager de 150m² cultivé. Les conditions de lumière sont optimales. Si vous n’avez pas de serre, d’autres solutions s’offrent à vous. Une véranda sera un endroit très adapté. Vous pouvez vous rabattre derrière une fenêtre mais attention, la source de lumière ne vient que d’un certain angle  et les semis auront tendance à filer vers cette source de lumière. L’idéal vous l’aurez compris est d’avoir l’espace le plus lumineux possible. Vous pouvez simplement faire un châssis avec une vitre par dessus mais attention aux gelées nocturnes qui peuvent être fatales, nous le verrons plus tard. Autre solution, faire ses semis sous néons. Personnellement je n’ai pas réussi à l’époque, je pense que j’avais tout simplement de mauvais néons. Alors si vous manquez de lumière et que vous choisissez cette solution, renseignez-vous bien sur quelle source artificielle de lumière utiliser.

 La température.
 

L’idéal est d’avoir une chaleur assez constante autour des 18°. Au potager d’Olivier, la température varie de 10° la nuit à parfois 30° en journée et les semis se sont toujours très bien comportés. Comprenez que c’est une température optimale mais vos semis sauront s’adapter à des écarts. Le tout est d’éviter des conditions extrêmes, à savoir un gel ou au dessus de 35°. Les premiers semis démarrent début mars au potager. À cette période, le froid nocturne est encore intense. Alors vous pouvez opter pour un chauffage de serre relié à un thermostat. Dans la serre j’utilise celui-ci. Il est parfait pour maintenir une température nocturne raisonnable. Pas trop « permaculture » comme système je le reconnais, et dans un même temps ce chauffage est la seule consommation d’énergie artificielle que je m’autorise. Cela est peu de chose pour avoir au final une production de centaines de kilos de légumes.

Si vous souhaitez aller plus loin dans l’esprit permaculture, vous trouverez sur Google des gens qui essaient de chauffer leur serre via des méthodes de composts chauds, sur fumiers, ou encore la fameuse méthode Jean Pain. Vous avez un lien ici par exemple. Honnêtement je n’ai pas assez de temps et de volonté pour aller vers ces méthodes. Bravo à ceux qui arrivent à tout faire de façon naturelle.
 
En espérant que le chauffage fonctionnera encore de nombreuses années, l’investissement de départ, environ 150€, est nettement amorti, comparé au fait d’acheter des plants ou d’acheter des légumes…
 

À l’opposé du gel, attention aux belles journées printanières. La température montre vite derrière une vitre ou dans une serre. Je me souviens une journée ou j’avais laissé la serre fermée, très beau soleil et chaud, au mois d’avril. Les plants étaient totalement affaissés, asséchés. Il faisaient presque 40° dans la serre… C’est pour cela que pendant quelques semaines il faut être aux petits soins. Fermer la serre pour la nuit, ouvrir quand il fait soleil… Je vous le répète, c’est une attention de tous les instants mais qui en vaut la peine 🙂

 L’humidité.
 
Ne jamais laisser ses semis au sec. C’est un adage que l’on répète quand on veut faire des semis. En effet, le semis a besoin d’eau, comme tout organisme vivant. Mais vu qu’il est tout bébé, hors de question d’envisager la moindre déshydratation !

Il faudra les arroser quasi quotidiennement via un pulvérisateur pour ne pas les abimer. Si le soleil est absent, bien sûr les arrosages seront plus espacés. Vous pouvez aussi faire un arrosage par le dessous de vos pots, en mettant vos semis en immersion dans quelques millimètres d’eau. On voit souvent ce principe dans les jardineries. J’utilise ce système quand je m’absente quelques jours exceptionnellement. Avant de semer, veillez à bien humidifier votre terreau, jusqu’à ce qu’il soit bien sombre sans qu’il ne soit gorgé d’eau.  Une fois le semis réalisé, l’idéal est d’avoir un brumisateur pour arroser si nécessaire les premiers jours. Ainsi l’arrosage est très doux et vous ne dérangez pas les graines. Une fois les graines bien germées, vous pourrez arroser avec un petit arrosoir entre les rangées de graines, environ 15 jours après la date de semis.

L’humidité ambiante a aussi une importance. Dans la serre, l’avantage est que vous avez normalement de la terre au sol que vous pouvez humidifier et qui dégage un atmosphère naturellement humide. Mais l’humidité ambiante n’est pas un élément majeur de réussite. Vous pouvez très bien réussir vos semis en intérieur dans un atmosphère assez sec, du moment que vos semis sont eux bien hydratés.
 
Le contenant.
 

Le bac dans lequel vous allez mettre vos semis est aussi un élément important. Il ne faudra pas qu’il soit trop haut, sans quoi vous empêcherez une bonne pénétration de la lumière. Je vous donne mon astuce fétiche, je suis très bon copain avec mon poissonnier ! :-). Il me donne gentiment ses bacs à poissons qui font de parfait bac à semis. De plus ils ont souvent une ouverture au fond et sur chaque côté, ce qui permet de faire ressortir un éventuel excès d’humidité ou au contraire d’arroser par immersion en mettant les bacs dans quelques millimètres d’eau. Aussi, vous pouvez faire passer un câble chauffant pour ceux qui pratiquent un chauffage de la terre plutôt que celui de la serre. Vous pouvez voir un exemple de câble chauffant ici.

 Les graines.
 
La clé est de choisir des graines reproductibles. Déjà elles vous permettront de garder les graines de vos futurs légumes pour préparer vos semis pour la saison suivante. Si vous choisissez des graines hybrides, vous ne pourrez pas garder les graines de vos légumes, vos graines à venir seront stériles. Je me fournis chez Kokopelli. Cela fait des années et j’en suis pleinement satisfait. Vous trouverez de nombreux autres semenciers sur le Net. Cette année un nouveau venu qui mérite l’attention. Le potager santé de Pascal Proot ici. Il est reconnu pour développer des graines venant de légumes très peu arrosés. Je vais les essayer pour la première fois cette année. Dépêchez-vous de commander, les stocks sont assez réduits !
 
Vous aurez accès à des légumes que jamais vous ne trouverez au supermarché du coin, ou même au petit maraîcher du coin. En effet, ces légumes ne sont pas adaptés au commerce, ils sont trop fragiles, trop originaux, pour en faire une affaire rentable. Par contre, pour votre propre consommation, épater vos amis, vos enfants, votre famille, vous-même ! aller à la rencontre de diverses saveurs, c’est l’idéal.
 
Le terreau
 

Autre élément clé d’une réussite de semis, avoir un bon substrat. Vous pouvez prendre la terre du jardin, la tamiser, y rajouter un peu de sable pour l’alléger. Cela prend du temps… J’opte pour l’achat de 2 sacs de terreau spécial semis dans quelconques magasins de jardinage. Et avec 2 sacs j’en ai largement assez pour l’année. Comptez une quinzaine d’euros de terreau. Si vous avez le temps et l’envie d’un coté plus naturel, plus permaculturel, alors optez pour la première solution. Inutile d’avoir une terre enrichie, la graine a tout en elle pour germer. Il lui suffit d’un substrat léger, aéré, pour que les racines puissent se développer au mieux et que vos graines puissent germer sans obstacle. Un dicton dit qu’il faut recouvrir les graines de la hauteur de la graine. Ainsi pour une graine de tomate, il vous faudra recouvrir juste d’un ou deux millimètres de terreau, juste de quoi recouvrir les graines. Ainsi elles pourront germer facilement le moment venu. Inutile de trop enterrer vos semis, ils mettront plus de temps à germer.

Le repiquage

Le repiquage est l’action de transplanter vos petits plants une fois qu’ils ont germé et développé les premières feuilles. Vous pouvez voir sur la photo un plant de tomate tout juste repiqué. Attention, les deux premières feuilles appelé « cotylédons » ne sont pas de vrais feuilles. Ils vous faudra attendre les premières « vrais » feuilles, que votre plant soit assez robuste, environ 20 jours après le semis, pour le déraciner à l’aide d’une cuillère par exemple et le transplanter dans un pot dans lequel il aura toute la place pour bien se développer. Pensez à récupérer vos pots de yaourt, fromage blanc… tout cela fait affaire pour accueillir vos plants. Pensez juste à faire des trous au fond du pot. N’hésitez pas à bien enfoncer votre plant au moment du repiquage. Surtout pour les tomates, les racines se développent sur toute la longueur enterrée de la tige. C’est d’ailleurs une des opérations bénéfiques du repiquage, vous faites émettre de nouvelles racines au plant.

 Le timing
 
Pour finir, dernier élément clé, le timing de vos semis. Là aussi, mes nombreuses années d’expériences m’ont appris à être patient et éviter de trop se précipiter pour faire les semis. Dans des conditions idéales, vos semis seront prêts en six à huit semaines pour la plupart de vos légumes. Alors inutile de semer vos tomates mi février si elles sont destinées à être cultivées en extérieur. Vos semis seront prêts trop tôt. Ils vont s’impatienter dans vos pots. Vous serez tenté de les sortir de la serre au mois d’avril et les nuits sont encore trop fraîches pour vos tomates. Au final les plants vont se bloquer, voir pire geler par grand froid, et toute l’avance sera perdue. Au contraire, des semis mis en extérieur mi-mai vont facilement s’acclimater et grandir dans leur nouvel environnement au potager extérieur. Renseignez-vous bien selon votre région et les graines que vous plantez. Ici dans le sud, je démarre tous mes semis début mars environ.
 
Voilà! Normalement si vous respectez tous ces facteurs clés, vous devriez avoir les plus beaux semis du monde !
Vous pourrez suivre l’évolution du potager, comme chaque année, sur la chaîne Youtube du potager ici. Pensez à vous y abonner, c’est gratuit et vous serez au courant des vidéos à venir.
 
À très vite de partager ensemble une nouvelle saison de couleurs, de saveurs, de nature, de terre, de vie !
 
Au jardin d'Olivier